Abbey road

La lumière est douce et sur la platine, le vinyle des quatre garçons toujours dans le vent chante quelques airs connus. Here comes the sun, comme une incantation à la fin de l’hiver. Cet hiver rude qui nous glace les os, nous décime le moral et nous empêche d’avancer. La bougie danse au rythme des volutes brulantes de cigarette. Because. Love is all, love is you. Because the sky is blue.

Il ne reste plus rien. Rien qui n’ait jamais pris. Quel drame pour un botaniste de s’acharner sur un greffon qui ne prendra jamais. Et pour un amoureux.

Le verre de vin trônant près du MacBook en aluminium massif est tout ce qu’il reste de bon. Une bouteille de gentleman jack fera le reste au besoin. But oh, that magic feeling, nowhere to go.

La bougie distille une odeur agréable et les grillons de sun king m’emmènent dans un endroit inconnu. Comme je m’assois plus profondément dans mon fauteuil, je m’allume une autre cigarette. Savourer le pouvoir enivrant des fumées brunes. Les arabesques de fumée bleues. Je ne vois presque plus. Le regard vide dans la pénombre. Les yeux mi-clos. Ne plus penser. Ne plus espérer. Savourer la liberté. Accepter cette putain de solitude. And though she tried her best to help me.

Boy, you’re gonna carry that weight a long time.

Tic tac du vinyle qui ne peut plus chanter. La fin d’une face B, d’un bien bel album, qui restera longtemps un mythe.

Silence

C’est un silence qui en dit long. C’est souvent dans les silence que la vérité se fait. Le silence n’est pas l’absence, encore moins l’indifférence. Non. Il faut être présent pour être silencieux. Il faut avoir beaucoup de choses à dire pour se taire. Les gens qui parlent trop m’exaspèrent. Ces gens là n’ont bien souvent rien à dire. Meubler son absence de sens par l’abondance de parole, par leurs paroles inutiles, par l’inutilité de leur présence. Ah, voilà que je les hais. Leur enfer, qu’ils le gardent. J’ai bien assez du mien. Je ne veux plus de ce silence. Je ne veux plus de cette absence.

Fais moi une place je te prie. Il reste encore tu sais, toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites.

FIN

Il y a des yeux qui reçoivent la lumière et il y a des yeux qui la donnent.

Paul Claudel.

* * *

C’est avec regret que nous avons la douleur de vous faire part du départ prématuré de Dandy Candy. Parti trop tôt, accablé, suicidé médiatique,  il nous quitte dans la douleur avec un dernier jet de sa plume qu’il voulait exposer ici.

Raconter une histoire d’amour qui finit bien, c’est écrire une belle aventure en oubliant la fin. Il n’y aura pas de dernières larmes Pont de Neuilly pas plus que de semelles usées sur un trottoir Parisien dans cette fin. Pas non plus de décision, de certitudes, ni de dénouement. Seule la vision d’une pluie pourpre ruisselant sur des menhirs tristes en automne. Un dernier contre-jour illuminant une forêt, qui bientôt sera sombre, tortueuse et effrayante. Une forêt où l’inconnu fera frissonner, où le danger pourra venir de partout. Une nuit sans lune. Un été sans soleil. Puisqu’il faut mourir un jour, autant le faire avec panache. Quand on ne trouve pas sa place, il faut savoir démissionner, partir, tirer avec élégance sa dernière révérence. Avant de n’être plus que celui de trop. Celui qui n’a rien compris. Celui dont on se moque en chuchotant dans son dos des sourire entendus. Celui qui regarde les autres vivre avec déjà un pied dans la tombe. Parce qu’à trop raconter sa vie, on en oublie d’exister. Il faut savoir tirer le rideau et partir avec dignité, raccrocher les gants après un dernier combat. J’écoute un dernier air de Coldplay qui murmure « nobody said it was easy« . Tchao l’artiste, I’m coming back to the start. Certains penseront que je me suis perdu, d’autres que j’ai appris ces choses qui n s’enseignent pas.
Il arrive un jour dans la vie d’un homme où l’on se sent prêt à aimer une femme. A la folie. Pour toujours. Et à jamais.

FIN

*

Dandy Candy
20 Août 2009 – 22 Avril 2010
accablé,

Six mois et une nuit

Le destin ne fait pas toujours son boulot. Les coïncidences pourtant sont troublantes. Il y a six mois, nous étions aussi un mardi. Il y a six mois je me couchais après une nuit de cavale hors du temps. Comme un prisonnier des temps modernes qui s’est échappé un instant de la réalité cru, du monde amère, je cavalais avec l’impossible jusqu’au petit matin.
Je m’étais réveillé avec l’espoir. Comme si une rencontre pouvait être une page qu’on tourne parce que la précédente était trop raturée. Une page enfin vierge où l’on peut écrire des scenarii plus excitants.

Ce matin je me réveille à ses cotés. Je l’embrasse. Je la câline. J’entends sa voix me parler depuis la pièce d’à coté. J’entends la douche couler sur son corps si doux.

Six mois à jouer chaque jour une tragédie. Les quatre actes en une journée. Les matins souriants, les soirs de tristesse, les après midi de doutes et les matinées d’attente. Six mois de grandeur et décadence. Je me suis senti découragé bien des fois, me suis forcé à partir, à tenter d’oublier.

Cette nuit paisible accouche d’un jour nouveau. Une nuit à jouer au couple, sans téléphone, sans aide extérieure, sans l’avis du public. Pourtant un fantôme rode autour de nous. Une décision qui flotte dans l’air. Qui plane au dessus de nos têtes. La décision de sa vie. Qui tombera bientôt. Et définitivement. Juste un mot d’elle qui changera la mienne.

Message cardiaque

La musique n’est pas assez forte mais je ne me lèverai pas pour augmenter le volume. Je ne devrais pas m’énerver. Je ne devrais pas écrire sans papier. Je ne devrais pas être irritable.
Je devrais sourire de tout. Penser au soleil, penser à l’été qui s’approche à pas feutrés et qui murmure à mon oreille d’autres idées. Je ne devrais pas penser à ces SMS, à ce coup de téléphone avorté, à ces nuits sans sommeil qui me troublent encore.
Cette nuit qui a tout changé. Pas la première. Pas la dernière, pitié.
Autour de moi tout bascule ces dernières semaines. Ceux qui partent en province, ceux qui démissionnent, ceux qui se séparent, ceux qui meurent. Et les autres qui doutent. Ces pages qui se tournent, celles qui peinent à s’écrire, celles qu’on rature avec rage et passion. Et mon immobilisme à moi qui me hante.
J’aurai bien besoin d’un message cardiaque pour me sortir du coma.
La musique s’est arrêtée. Je ne me lève toujours pas. Le regard planté dans le vide. Elle est toujours là. Pas très loin. Cachée dans les méandres digitaux. Un billet, un tweet, un SMS, et tout basculera de toute évidence.
Tout pourrait un jour commencer : un message cardiaque et j’écrirai le reste.

Récital

J’arrive le premier comme à mon habitude. Je gare mon cabriolet non loin du conservatoire, niché dans un hôtel particulier avenue de New York. L’escalier grince, quelques notes de piano s’échappent des étages. L’artiste se chauffe. Ou bien un cours se termine. Une poignée de spectateurs sont venus applaudir la pianiste russe. Le programme déroule son impressionnant pédigrée et j’ai peine à croire ce que je lis.
Les premières notes sont violentes. Le Steinway rempli immédiatement la petite salle de concert avec justesse et précision. On voudrait s’arrêter de respirer. Figer tout mouvement. On économise les battements de cils. Je me demande en la regardant jouer si je risquerais de l’influencer. Mais ça n’arrivera pas. Elle vit totalement sa musique, l’instrument est devenu un prolongement de son corps.
Les notes virevoltent et finissent par éclater comme des bulles de savon. Des gammes douces, des accords sombres. De la mélancolie, des sentiments profonds. On passe de la colère à la splendeur en retenant toujours notre souffle.
Les lumières de Paris dansent sur le vernis noir du piano, la tour Eiffel éclaire mystérieusement la salle. L’instant est rare. Je la regarde éprise de musique et je me rappelle son accent russe me parler de mes amours à moi.
Quand le concert est terminé, on félicite l’artiste, on prend un verre, la voilà soulagée. C’est la première fois qu’un artiste me remercie par mail d’avoir assisté à son concert.
Merci à toi l’artiste. Je ne crois qu’en un seul pouvoir : celui de faire rêver.

Rescapé

Je me relevais à peine. C’était le matin je crois, et il faisait beau. Un matin d’aout sur une île. Des larmes à peine sèches et un cerveau encore liquide. Cette conversation inutile qui ne nous mènerait nul part, mais dont j’avais besoin. Il faut se servir de ses échecs pour avancer. Je me souviens de la brise du large, du village torturé, des terrasses en bord de mer. Un paradis amer, à peine effleuré par mes pas. J’ai commandé un café et j’ai bu ses paroles que j’ai trouvées trop justes. Elles n’avais pas du être prononcées pour la première fois. C’est ce que j’ai pensé.

« Tu es trop impatient, tu veux tout, tout de suite.
_ Oui, je veux tout. Je veux boire, fumer, baiser, voler, aimer. Je veux vivre. »

Qui a raison, celui qui veut vivre tout de suite, ou celui qui croit qu’il a la vie devant lui ?
Un jour tout s’écroule, un jour on perd tout, le sol se dérobe, tout s’effondre autour de soi. Et ce jour là, il ne reste que les regrets. Je vis ma deuxième vie, ma seconde chance de vivre, ma vie de rescapé du bord de la route. Et j’ai décidé d’être heureux. De ne pas me contenter des miettes de vie qu’on me lance.

Je ne vis pas pour attendre la prochaine fin.

Les amants du pont de Neuilly

Le tungstène du lampadaire aveugle le trottoir blafard. Il ne fait pas tout à fait nuit. Pourquoi retourner dans ce quartier ? Parce que je n’ai pas de regrets. C’est un quartier comme un autre. Un endroit que j’aime bien, finalement.
Je m’arrête machinalement devant ce bar qui nous connaissait ensemble. Par la vitre fumée j’aperçois un couple qui s’observe. J’imagine que nous leur ressemblions. La femme pose sa main sur celle de l’homme. Il ne la retire pas. Ils se regardent. Ils se parlent doucement. Je repense à ces fou-rires échangés ici. Ces cris. Ces larmes aussi. A mon regard bleu qui calmait ses tempêtes.

Tellement de choses se sont passées ici. Comment se peut-il que je sois nostalgique d’un temps où les larmes coulaient autant que les rires ? La passion sans doute. D’avoir autant compté, d’avoir vu l’amour dans ses yeux secs, d’avoir mis à jour des blessures si profondes, d’avoir ouvert la boite de pandore, d’avoir vu ce qu’on ne voit pas, puis s’en être allé. Ni par désamour ni par ennui, mais par volonté de la rendre heureuse.

Même si je n’ai pas l’intention de rejouer le film des amants du pont de Neuilly, j’y repense toujours avec un sourire . Un goût d’inachevé peut-être aussi. Que penser d’une femme pour qui j’aurais tant compté qui finalement ne m’aura pas choisi ?

Le barman m’aperçoit et me fait un signe. Il me reconnait. Je sais que si j’entrais il me demanderait où est madame.

Je n’entrerai pas.

Sentir

On prend vite des habitudes. Et on n’arrive jamais à se défaire de certaines. J’ai fait un constat étonnant. Ces dix dernières années j’ai dormi plus souvent près d’une femme que seul. Et ces six derniers mois, ça m’est si peu arrivé que je ne souviens presque plus.

Quand je dors dans mon grand lit j’ai gardé l’habitude de rester de mon coté, de ne pas envahir l’espace. Je me sens un peu bête en me réveillant de tâter cette moitié froide du lit.

Mais si j’ai renoncé quelque temps à tout cela, je n’ai pas oublié.

La regarder s’endormir simplement dans mes bras. Sentir son souffle léger s’échouer sur ma nuque. A demi éveillé, entre deux rêves, sentir ce corps encore brûlant. Sentir son parfum onirique et savourer ce simple cadeau qu’on se fait l’un à l’autre : celui de l’intimité partagée.

Sentir simplement sa présence. Se sentir amant. Se sentir libre. Se sentir fort.

La Passion

J’étais anxieux à l’idée de reprendre les commandes. Quelques peurs infondées avaient refait surface. Mais il fallait que je m’y remette. C’est trop bête d’avoir tant investi pour mettre cela de coté.

J’y suis allé dimanche. J’ai poussé les lourdes portes du hangar, tirer à bout de bras ses 700 Kg et je me suis installé aux commandes. J’ai déroulé la check-list. Consciencieusement, comme pour me rassurer, j’ai répété mes prières : Commandes libres dans le bon sens, carburant, huile, hélice, volets… Tout vérifié. Aligné au seuil de la piste, j’ai envoyé toute la puissance. La piste a déroulé sous mes roues, la vitesse a augmenté, jusqu’à 110 Km/h.

« Rotation. »

Dès que les roues ont quitté le sol, tout est revenu en un éclair, un flash-back.

« Ça vole. »

Afficher la puissance, la trajectoire, tenir l’altitude. Tout est revenu. Ne penser qu’à ça. Rien d’autre dans ma tête qui ne perturbe ma conscience. Voila, c’est cela l’essentiel, tenir le cap, s’en tenir au plan de vol, tout anticiper.

A mesure que le sol s’éloigne, je me rappelle. Les barbecues aux bords des pistes, les après-midi à voir la France défiler sous les ailes. Les week-end en amoureux en avion. Je sens enfin que le crépuscule touche à sa fin.

J’avais perdu de vue l’esssentiel : la Passion. Je sais à nouveau pour quoi j’étais  fait : voler.

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