C’est une chambre impersonnelle. Froide, où s’insinue même une odeur de renfermé. Un lit d’enfant qui n’en a pas vu depuis des années. Des meubles datés et massifs. Rien dans cette chambre n’évoque un quelconque souvenir de mon passé. Je n’ai pas grandi dans cette maison. Elle ne me parle pas. Elle ne me rassure pas. Les couleurs pastels et désaccordées crient une douleur silencieuse. Seules les photos trônant sur le mur me rappellent que je suis en terrain familier.
Je dors trop. Mal. Je sors de ce coma artificiel la bouche pâteuse. Sans envie. Le golden retriever ouvre un œil sur mon passage et pousse un soupir éreinté en reposant sa tête sur le carrelage. L’économie de mot est ici devenu religion. Je saute sur la cafetière sans dire un mot, comme c’est l’usage. On se croise, se frôle, et j’ai soudain l’impression que c’est le chien le plus expressif de la famille.
Ici tout est allégé, aseptisé, banalisé. J’ai peur d’avoir faim, soif, de manquer de tout. De ne jamais pouvoir ressentir la sensation de satiété.
Je ne veux pas croire qu’en venant ici je retombe en enfance. Je suis ici comme chez des étrangers. Personne ne m’a demandé si j’allais bien. Si j’avais des projets. Si j’attendais quelque chose du printemps. La maison a changé certes, mais pour le reste, non. Rien n’a vraiment changé. Ce silence qui ne dit rien, obsédant et omniprésent m’angoisse toujours autant. Avec le temps j’ai dû tout déduire de ces silences.
Je veux des mots, des cris, des larmes. Je veux naître.