Dernière cigarette

Je consume entre mes lèvres la dernière cigarette du paquet, en écoutant la pluie tomber. Les derniers trains s’arrêtent lentement pour repartir aussitôt. Le silence à peine effleuré par le ventilateur de mon ordinateur et pour seule lumière ce petit écran perturbé par les volutes de fumé.

Loin du chaos, de la cohue des quartiers affamés, la nuit prend ici tous ses droits. Ce calme presque inquiétant me grimace le visage. Je n’ai pas peur, je n’ai pas mal, je voudrais juste un bruit de plus.

Son souffle si léger, s’endormant. La couette recouvrant à moitié son corps. Poser un baiser sur son sourire étourdi. Retirer mon peignoir et plonger sans un bruit. Auprès d’elle dans une nuit infinie.

Angoisse

Je n’explique pas cette angoisse qui s’est installée ce dimanche matin. Nous avions planifié de fêter notre anniversaire ensemble, en province, à l’abri des regards inquisiteurs. Et c’est ce que nous avons fait. Un joli restaurant, une charmante chambre d’hôtel. Je n’aurais pas eu de raison de déprimer. Si ce n’est de vieillir encore d’un an et que ma réalité se jette salement à ma figure. Je suis un imposteur, je ne suis pas l’homme de cette femme  que j’ai l’air d’être. Quand nous auront fini de faire l’amour, je la ramènerai chez sa mère, pour ne pas qu’elle soupçonne sa fille d’avoir un amant, et je rentrerai à l’hôtel dormir seul dans les draps souillés. Je prendrai mon petit déjeuner seul en lisant la presse dans mon coin. Observé tel un extraterrestre par les promeneurs du dimanche.

La fatigue de la soirée rocambolesque de la veille, la peur de l’abandon, l’angoisse de n’être que l’ombre de moi-même. Je vois tout en noir au petit matin. Ses paroles rassurantes n’y font rien, j’ai l’impression de mourir à petit feu, de m’empêcher d’être heureux, d’avoir trouvé la femme de ma vie et de la perdre petit à petit. Pourtant notre besoin de se voir ne désempli pas, et je ne peux m’empêcher de croire qu’on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise.

Je me demande

Presque quatre mois maintenant depuis notre première rencontre. Bientôt j’aurai battu mon record post-divorce de longévité avec le sexe féminin. Première rencontre à l’instar des mois qui ont suivi : grandiloquente. Cocktails au bords du canal saint Martin, une bonne bouteille au restaurant et un dernier verre chez Prune. Pour un soir de semaine, on peut dire qu’on avait dépassées les limites. Oui mais quelle limite ? Celle de ne pas vouloir se quitter. Pas maintenant.

C’est elle qui a lancé : « Si on allait chez toi ? ». Venant de n’importe qui j’aurais pensé qu’elle avait juste envie de finir dans mon lit, mais venant d’elle, je savais qu’il n’en serait pas question. Je l’ai quand même emmené chez moi, et elle a eu la classe de repartir en taxi. Quatre mois bientôt et quelques soirées chez moi qui ont fini pour elle dans un taxi, pour moi seul dans mon lit deux places.

Et puis j’ai compris, sa vie, son mec, son passé, ses angoisses. Il faudra se quitter, mais pas maintenant. Alors je me demande. Je me demande ce qui se passerait à cet instant présent, si elle avait quitté son mec pour moi. Ce que serait notre vie, nos projets. Peut-être viendrait-elle passer ses bras autour de mon coup pour que je vienne me coucher, peut-être lirait-elle par dessus mon épaule en me soufflant une correction.

Je finis ma trente-troisième année en pensant à elle, en écrivant seul, dans ma chambre, sur mon mac. Avec pour seul témoin un cendrier et ma montre que j’ai retiré. Signe du temps qui passe, des années qu’on accumule, des coups qu’on encaisse sans flancher. Voilà, j’ai trente-trois ans, je trinque à ma santé ; à devenir moins con et plus heureux ; à ce printemps qu’on attend ; à cet hiver de souvenirs ; à ma prochaine nuit d’amour ; à cette été où je me baladerai encore dans les nuages, à ma soirée où tu as intérêt à venir, et à la chasse BORDEL !

L’anniversaire

Je me tiens immobile devant l’entrée d’une résidence moderne.
« C’est ici me dit-elle, je vais appeler ».
Quelques minutes plus tard une très jolie fille de son âge vint nous ouvrir la grille.

« C’est gentil d’être venus !
_ Mais c’est normal, bon anniversaire !

Elle m’attrapa par la main pour m’entraîner à l’intérieur. C’est un petit appartement entassé de jeunes de leur âge, beaux et avenants pour la plupart. J’ai rapidement un verre dans la main, et j’ai presque l’impression qu’ils sont étonnés  de la voir accompagnée. Je suis ravi de découvrir enfin des gens qui la connaissent. Il y a sa meilleure amie, sa première histoire d’amour, lui et sorti avec elle, celle-ci est fâchée avec l’autre. Les petits surnoms fusent, et on parle déjà du temps qui passe. Mais j’ai rapidement de l’appréhension envers les questions qu’on me pose.

_ Alors, ça fait combien de temps que vous êtes ensemble ? La répartie me manque, c’est elle qui répond :
_ Trois mois, c’est tout récent.

J’ai l’impression de nouveau l’impression d’être un imposteur. Ça me rappelle quand j’avais vingt-trois ans, lorsqu’on s’amusait à se faire passer pour des inspecteurs de la répression des fraudes pour se faire offrir des verres en boîte. Et comme à l’époque : ça fonctionne. Tout le monde nous trouve très mignon, un très joli petit couple. Il manque juste que c’en soit un. Je la vois butiner, gambader, papillonner. Et pour la deuxième fois depuis le nouvel an, j’ai l’impression de ne pas être célibataire.

Parmi eux, certains connaissent l’existence de son officiel et j’oscille entre la fierté d’être à son bras et mon habituelle retenue. Elle m’abandonne quelques minutes pour ses amies et je me retrouve avec la copine saoule.

« Alors tu l’as rencontré comment ?
_ Si je te le disais  tu nous prendrais pour des fous
_ Oh tu peux me le dire je m’en fout.
_ Demande lui à elle.
_ Ben non dis le moi !
Là, elle me fatiguait, et mon sens de la répartie est revenue :
_ En fait je l’ai rencontré dans un club échangiste, elle est arrivée avec un mec et elle est repartie avec moi. Voila l’histoire.
_ Ah ouais pas mal, bah tu sais faut pas avoir honte, ça arrive de nos jours ce genre d’histoire… »

Elle est revenue finalement se blottir contre moi avec deux verres de vin. Pour une fois ce n’est pas moi qui cherchais ses mains. J’ai aimé qu’elle se saisisse des miennes en parlant à un ami, j’ai vraiment aimé être là tout simplement, et je crois que ça lui a fait plaisir. Le problème c’est que je prends goût à jouer le rôle de son mec.

Allez vendredi c’est le mien d’anniversaire, et c’est bientôt le printemps…

Oui mais je l’aime

Il se passe une chose étrange : plus je la vois, plus j’ai envie de la voir.

Plus je lui fais l’amour, plus j’aime ça.

Plus le temps passe, plus je l’aime.

C’est assez nouveau finalement. D’habitude au bout de quelques mois on franchi un stade où l’on commence à ouvrir les yeux : voir les petits défauts, s’agacer des retards, devenir jaloux. Là pas du tout. Je passe ma vie à lui dire que je l’aime.

Pourquoi un mec ne te dis jamais qu’il aime ? Pourquoi il te le dirait ? Tu n’es pas sur le point de te barrer, il a à manger quand il a faim, à boire quand il a soif, le ménage est fait la plupart du temps et ça sent toujours bon chez lui. La plupart du temps les mecs ne disent pas qu’ils aiment parce que ça ne sert visiblement à rien et surtout : ils ne sont sûrs de rien.

Alors pourquoi moi, à l’inverse, je dis tout le temps que je l’aime ? Parce que je peux la perdre à chaque instant. A chaque incartade, à chaque verre de trop, il se peut qu’elle me dise : « de toute façon Seb, il va bien falloir qu’on arrête ». Et là, il se peut que je pleure.

Je ne l’aime pas comme j’aime le chocolat ou le beau temps. Non, je l’aime tout le temps. Si elle ne m’appelle pas, j’ai mal au ventre, si je ne la vois pas, je tourne en rond, si elle dit qu’elle m’aime : je revis. Elle est mon idéal à distance raisonnable, mon feu d’artifice inattendu. Si elle était un nuage ce serait un cumulo-nimbus : la tempête de ma vie. Le spectacle déraisonnable d’une douceur en hiver.

Alors on pourra me parler autant qu’on veut de relation toxique, me souffler des « tu mérites mieux », m’assener des vérités que je n’entends pas, il se peut que je réponde sans hésiter : « Oui mais je l’aime ».

Very bad trip

Réveil dimanche matin sur un canapé assez loin de chez moi. L’appartement est désert, rangé, loin de mes vagues souvenirs de la veille. Ils ont laissés un mot sur à mon intention : « Rendez-vous pour un English Breakfast au Bombardier, 2 Place du Panthéon ». J’ai la tête qui va éclater mais je saute dans mes habits de la veille pour les rejoindre. A l’inverse de Beigbeder, je me dis que j’ai de la chance de ne pas être connu, vu  la tête que je trimbale ma carrière prendrait fin ce matin, sur le trottoir du boulevard Sébastopol.

Le petit déjeuner est bien gras, bien copieux, bien Anglais. L’endroit est pittoresque, et le dimanche matin on parvient même à se garer en face. On évoque des souvenirs de la veille. Tu te rappelles de ça ? non. Et de ça ? Non !!!! Merde, on a du passer une bonne soirée. Oui d’accord, j’ai le vague souvenir d’avoir vu une fille danser sein nu dans ton salon. C’était qui au fait ? Je ne sais pas. Il me reste le souvenir d’un coup de téléphone à 2h30 (merci le journal des appels) :

_ Je suis défoncé !
_ Moi aussi, je t’appelle des toilettes.
_ Tu me manques
_ Pareil… je ne peux pas rester très longtemps, mais je t’aime.
_ Moi aussi je t’aime !

Le lendemain mon pote me rappelle :

_ Il y a des photos de la soirée sur mon appareil.
_ Ah ! Alors ?
_ Alors on les regarde une fois ensemble et on les efface à jamais.
_ Merde… On a passé une si bonne soirée que ça ?

Autopsie d’une séparation

J’ai trouvé un taxi à Strasbourg-Saint-Denis à 2h30 du matin. Oui ça méritait un article. Le type avec qui j’étais m’a lâché sans payer son addition pour se barrer avec une femme plus vieille que sa mère. Je me suis retrouvé au comptoir avec un homo de dix ans mon ainé. Son air de nounours efféminé commençait à m’agacer et je n’ai pas fini mon septième verre.

Vingt euros plus tard je m’affale dans mon lit qui sent à nouveau son parfum. Merde, deux semaine sans faire l’amour (ce qui dans mon univers s’apparente à de l’abnégation), deux semaines à la quitter, à me faire envoyer paître, à dire à qui veut l’entendre que c’est fini, à essayer de regarder les autres filles dans la rue, deux semaines, et un SMS : on peut aller chez toi au lieu de déjeuner ?

Toujours son odeur, toujours sa peau, toujours ses fesses, toujours ses lèvres, toujours ses seins. Deux orgasmes chacun, en une heure. Confirmation que je suis le meilleur coup de sa vie, que je lui manque et qu’elle m’aime. Pourquoi elle ne quitte pas son mec ? Il faudrait que j’embrasse une autre fille pour voir comment ça fait. Il faut que je trouve une autre paire de lèvres sensuelles qui caressent le lobe de mon oreille gauche. Pour voir. POURQUOI ELLE NE QUITTE PAS SON MEC ? Je me demande à quoi ressemble la mère de mes prochains enfants. Si ce n’est pas elle. A quoi ça ressemble une fille qui n’a pas de mec et qui en cherche un ? Quand est-ce qu’on refait l’amour ? Pourquoi on n’arrive pas à se séparer ? Où sont les filles décoletées ce soir ?

Désir

D’abord deux doigts qui se cherchent et se frôlent. Puis c’est la main qui caresse. S’enivrer du parfum du creux de son cou et caresser sa nuque aux dessins parfaits. Ce sont maintenant des lèvres qui frôlent une joue, s’approchant si près des siennes qu’on peut en sentir la naissance. L’embrasser maintenant à pleine lèvres et caresser à pleine main son dos.

Se laisser emporter par le désir, sans limites ni retour. Conquérir sur ses courbes de douceur le Graal du plaisir. Sur son corps nu espérer patiemment l’orgasme. L’entendre échapper un gémissement d’abandon et discrètement frémir. Bruler maintenant d’un désir indécent. Murmurer quelques mots et puis devenir plus ferme. Sentir la violence envahir nos veines, l’excitation régulièrement monter tendrement. Va et viens infinis, doux amers de ferveur, inondant d’extase nos âmes et nos corps, qui pour un fois s’interpellent.

Retard à l’allumage

Le réveil m’a sorti d’un rêve où elle était encore. On partait tous les deux au bout du monde. Ça va, celui ci j’arriverai à l’interpréter tout seul. On marchait sur les toits à deux doigts de tomber dans le vide, mais je n’avais pas le vertige. On ne savait pas de quoi on allait vivre, mais on allait aider les paysans disait-on. Tant pis pour le réveil, encore un rêve tordu qui décale ma matinée d’une heure. Quelques SMS ponctuent le réveil difficile. Tiens, on pense à moi.

Il pleut, je n’ai plus d’essence, je ne sais plus si j’ai éteint la cafetière. J’ai toujours besoin de faire la fête, de rencontrer de nouvelles têtes, de m’enivrer baisers sucrés. Rien de neuf sous le brouillard givrant. La moquette rouge du treizième étage me pique toujours les yeux. La sonnerie du téléphone m’arrache toujours les oreilles. Le café est toujours infecte. Non, rien n’a vraiment changé.

Dans mon appartement

Dans mon appartement, partout, il y a toi.
Il y a ces bougies achetées pour nous, à moitié consumées comme nos cœurs.
Il y a le menu de ce sushi que je n’appelle plus. Le bouchon accroché au tire bouchon est celui de la bouteille qui nous a saoulé tous les deux. Il y a aussi l’odeur de ton parfum et quelques cheveux dans mon lit. Il y a ces petits hauts dans mon armoire et ce vinyle de Coldplay que tu as mal rangé. Ce paquet vide de Benson qui me regarde quand j’écris, qui me rappelle le premier soir où tu es venu. A coté de cet appareil photo qui te faisait peur, une boite de chocolats que tu as laissé là, et ce Modiano que tu m’as donné envie de lire. Ce Beigbeder qui m’a tant fait penser à nous, sur cette petite boite où je range mes capotes. Il y a cette chemise que j’ai acheté pour le premier de l’an, en espérant que tu serais là (et que tu n’aimes pas). Une brosse à dent toute neuve qui t’attendra longtemps près d’une barrette à cheveux que je t’ai mis de coté. Il y a toujours des Knakis et du Coca dans mon frigo et puis sur la cheminée, ce paquet de Haribo acheté sur l’autoroute. Ahh prendre la route avec toi…
C’est rangé parce que je croyais que tu reviendrais, mais tu ne reviens pas. Et dans mon appartement, partout, il y a toi.

Billets d'amour Sélectionné

Copyright © DandyCandy
Blog d'un trentenaire Parisien

Built on Notes Blog Core
Powered by WordPress